Partager l'article ! Un exemple de film de propagande soviétique : "Octobre" de Sergueï Eisenstein: Biographie de Sergei Eisenstein(1898-1948) ...
Biographie de Sergei Eisenstein(1898-1948)
Sergueï Mikhailovitch Eisenstein naît le 23 janvier 1898 à Riga en Lettonie.Il est l'un des plus grands réalisateurs de films russes, à
l'époque.
Le père d'Eisenstein, Mikhaïl Eisenstein, est ingénieur municipal de la ville de Riga. Sa mère déménage à Paris lorsqu'il a douze ans. Il est issu d’une famille
aisée.
Sergueï ne s'engage pas politiquement en octobre 1917 lors de la Révolution d'octobre. Il commence à prendre part à celle-ci au moment de la guerre civile.
La nouvelle Russie a besoin de propagandistes.
Les artistes, notamment les caricaturistes, sont utilisés par le pouvoir pour tenter de rallier les masses illettrées au combat des Bolcheviks. Eisenstein peint alors des bannières et des affiches sarcastiques.
Dans ses premiers films, il n'utilise pas d'acteurs professionnels. Ses récits évitent les personnages individuels pour se concentrer sur des questions sociales, comme les conflits de classe.
Eisenstein est loyal envers les idéaux du communisme prônés par Joseph Staline.
Ce dernier comprend très bien le pouvoir des films en tant qu'outils de propagande, et il considère Eisenstein comme une figure controversée. La popularité et
l'influence d'Eisenstein fluctuent en fonction du succès de ses films. En 1925, il tourne " Le Cuirassé Potemkine " ( photo).
C'est la commission, chargée par le Comité central du Parti communiste d'organiser le jubilé de la révolution manquée de 1905, qui a désigné Eisenstein pour réaliser ce film commémoratif.
Faute de temps, le réalisateur ne pourra traiter la totalité des événements, mais seulement l'un d'entre eux, la mutinerie intervenue sur le cuirassé. Ce film connut un grand succès en Union soviétique.
Cependant, Eisenstein n'obtint pas toujours de la reconnaissance pour son travail, par exemple pour le film "Octobre" relatant les dix jours de la révolution
d'octobre et tourné à l'occasion du dixième anniversaire de la prise du pouvoir par
les bolcheviks en 1927.
La force des montages, utilisés pour transmettre un message visuel fort au spectateur, constituent un grand apport au cinéma mondial.
Montage, rythmique, utilisation des couleurs (comme dans le dernier volet de son dernier film "Ivan le terrible"), mais surtout choix strict de la luminosité forment un nouveau langage cinématographique, sur lequel Eisenstein écrira beaucoup.
Il affirmera toujours préférer le cinéma muet au cinéma parlant dans ses écrits théoriques en raison de l'impact plus grand du montage.
Le film "Ivan le terrible", a l'approbation de Staline pour la première partie et cela à tel point qu'Eisenstein reçoit le Prix Staline en 1945.
La deuxième partie, terminée en 1946, est par contre censurée jusqu'en 1958, car Ivan y est plus décrit non pas comme un héros mais comme un tyran paranoïaque. La troisième partie, commencée en 1946 et restée inachevée, fut confisquée et en partie détruite.
La deuxième partie dispose de scènes en couleurs (la fête finale), grâce à une récupération de pellicule Agfacolor allemande après la chute de
Stalingrad.
Eisenstein meurt à la suite d'une hémorragie en 1948 à Moscou. Une légende prétend que son cerveau fut conservé et qu'il était beaucoup plus gros que celui d'un humain ordinaire, alimentant le
mythe du génie du cinéma qu'il a pu incarner.
Présentation du film "Octobre".
"Octobre" est un film muet commandé par le pouvoir russe de l'époque pour la célébration du jubilé 1927 de la Révolution russe.
Eisenstein ne cherchait pas à reproduire exactement les événements, il réécrivait en quelque sorte l'histoire à la gloire de Lénine et des bolchevicks.
Le tournage de celui-ci prend six mois d’un travail intensif pendant lequel 49 000 mètres de pellicules ont été utilisés.
Un premier montage de 3 800 mètres est prêt pour le 7 novembre 1927, anniversaire de la Révolution.
Mais les changements politiques en U.R.S.S. tel que l’exclusion de Trotsky du Parti et son exil forcé ont obligé Eisenstein à remanier complètement son film.
A sa sortie publique, le 14 mars 1928, toutes les scènes ou apparaissaient Trotsky ont été supprimées pour produire un nouveau montage constitué de 2 800 mètres de pellicules.
« Octobre » est en outre la première superproduction de l’histoire du cinéma au niveau mondial. De considérables moyens sont mis à la disposition du cinéaste, comme l’annonce le pré-générique.
Des milliers de figurants, ouvriers, soldats, marins, participent au tournage de certaines scènes, telle la prise du Palais d’Hiver.
« Pour les scènes de masse nous avons pu disposer d’une énorme figuration. Jusqu’à 11 000 ouvriers et soldats à la fois. Pour l’assaut, l’armée leur a distribué des armes. Pour les scènes qui se passent la nuit, nous avions besoin de projecteurs très puissants et il y avait en 1927 trop peu de courant électrique à Leningrad. On plongea dans l’obscurité presque tous les quartiers de la ville pendant plusieurs nuits afin que nous puissions éclairer notre film»
Source : Témoignage de Gregori Alexandrov,
co-scénariste et assistant d’Eisenstein.
Résumé du film
Le film se déroule en en février 1917 à Petrograd. Il raconte la chute du Tsar Nicolas II. Cette révolution est menée par la bourgeoisie et le prolétariat alors que
l'Empire russe est en crise économique car il ne peut pas suivre les coûts de la Première Guerre Mondiale. Le tsar abdique le 15 mars : c'est la fin de l'Empire russe.
La Bourgeoisie prend ensuite le pouvoir par l'intermédiaire d'un gouvernement provisoire. Puis il y a les journées de juillet : révolte des ouvriers conduite par les bolcheviks contre le gouvernement provisoire du 16 au 20 juillet à Petrograd.
Finalement les bolcheviks prennent le pouvoir en Octobre avec Lénine à leur tête.
Analyse d'extraits vidéos du film :
Chute de la statue du Tsar Alexandre III
Dès les premiers plans, La statue colossale d’Alexandre III qui symbolise la puissance du Tsars, est filmée en contreplongée pour renforcer cette impression d'invulnerabilité.
Cette technique sera réutilisée plus tard notament par Leni Riefensthal dans "Les Dieux du Stade".
Puis les milliers de manifestants envahissent le cadre, ils se massent aux pieds de la statue et la démolissent. On voit ici la symbolique de l'union du peuple mettant à bas le tyran.
Les différents plans sont faits en sorte que l'attention du spectateur est concentrée sur la démolition de la statue et le fait que toute la foule ,que ce soient les soldats (avec les crosses de leurs armes levées ) ou les paysans (avec leur faux levées) sont unies contre cet ennemi .
Un carton conclut : « Février première victoire du prolétariat sur la route glorieuse du socialisme ».
Ici, Eisenstein traduit en image l’analyse politique de Lénine et les mots d’ordre du parti bolchevik :
« C’est l’alliance des ouvriers, des soldats et des paysans qui fera triompher la révolution ».
Eisenstein illustre la fin du tsarisme : la tête d’Alexandre III vacille, il perd son sceptre, l’orbis et tous les symboles du pouvoir lui sont enlevés puis il chute a son tour.
Attaque d'un porte-étendard par des aristocrates
Les images permettent de détailler les actions ainsi que de revivre ces temps forts de la révolution.
Au moment des « journées de juillet», on peut voir des bourgeoises en furie lynchant un porte-étendard bolchevik.
Le réalisateur veut mettre en avant la traitrise des aristocrates ainsi que leur lâcheté. Mais aussi leur cruauté, lorsqu'on les voit torturer le manifestant à bout
d'ombrelles. Les bourgeois sont donc caricaturés.
En conclusion, on peut dire que ce film est un parfait exemple du film de propagande en union soviétique pour cette époque par le public visé (le paysan kolkhozien) et les thèmes abordés (l'unification du peuple autour de Lénine).
Aussi le message propagandiste n'est pas véritablement dissimulé. C'est l'action mise en scène dans le film qui est valorisée.
La dimension artistique de l'oeuvre reste ainsi limitée.
Le film a donc recours au symbolisme (chute de la statue du tsar), retours en arrière, caricature des bourgeois... Il y a cependant des nouveautés techniques telles que les différentes façons de prises de vue (contreplongée ; vue d’ensemble).
C'est surtout le contenu du film qui peut-être qualifié de propagandiste.